La libre littérature française des Amériques Version du 10 janvier 2005.



L'AMERIQUE DU SUD


EN DIRECTION DU VENUZUELA



L'Amérique Centrale Le 8 juillet 92, nous quittons Trinidad, dés que nous levons l'ancre, il commence à pleuvoir fort, de nombreux grains se viderons sur nous durant toute cette navigation. Le vent est fort et nous pousse dans la bonne direction, cela nous permet de passer dans de bonnes conditions cette bouilloire entre le golf de Paria que nous quittons et la mer des Caraïbes que nous retrouvons.

Nous longeons la côte du Venezuela, l'eau est vert foncé, quand il passe un nuage elle devient noire, assez sinistre.

Au début d'après midi nous mouillons à PARGO, un village de pêcheurs vénézuéliens, paysage grandiose, les montagnes environnantes ont plus de 1000 mètres d'altitude et tombent directement dans la mer, la végétation est exubérante, c'est la forêt vierge et juste au bord de l'eau une petite frange de plage où sont rassemblées quelques masures, pas de route, pas de chemin, les poules et les chiens se baladent partout.

Sur la plage les boites de coca et de bière, les têtes de poissons, pas propre tout cela.

Nous avons passé un bon moment à remonter la rivière à pieds, en sautant de pierres en pierres ou en marchant dans l'eau, c'est le seul moyen de pénétrer cette forêt vierge où il y a de belles plantes du genre de celles que l'on voit chez les fleuristes en France, mais cent fois plus grosses, il y a aussi des oiseaux, des papillons très beaux, un " morpho " est venu se montrer, Elisabeth a vu un écureuil, mais il n'y a pas d'animaux sauvages dangereux.

Les habitants ici sont pêcheurs, très pauvres, ils vivent comme des indiens, les hommes sont jours et nuits sur leur barque, la nuit lorsqu'il pleut, ils étendent une bâche en plastique pour se protéger, ils vendent le poisson qu'ils pêchent à des bateaux de ramassage qui eux vont vendre en Martinique où ils en tirent un meilleur prix.

Jusqu'à maintenant les pêcheurs que nous rencontrions nous demandaient des bières et du Coca-Cola etc. ici leurs demandent sont utilitaires, des leurres pour la pêche, un masque de plongée, des médicaments, du lait, on hésite moins à donner.

Durant la nuit nous sommes réveillés en sursaut " Ariba, ariba... " ce sont nos voisins pêcheurs qui nous appellent, Perceval a dérapé, nous sommes à moins de 10 mètres des rochers de la côte, la nuit est entièrement noire, pas le temps de s'habiller, il pleut fort, Elisabeth dans son costume de naissance relève le mouillage, j'ai mis le moteur en route et avance lentement, je ne vois pas où je vais, c'est ma bonne étoile qui est à la barre... puis il faut bien se décider, on remouille.

Sans les pêcheurs, on allait à la catastrophe, au lever du jour, les pêcheurs ont disparu, nous n'avons même pas pu les remercier.

Quand une étape approche les 70 milles nautiques je préfère naviguer de nuit afin d'être sûr d'arriver de jour dans un cite nouveau. Cela est lié à une vitesse approximative de 5 à 6 nœuds.

Donc nous quittons PARGO le 9 juillet à 20 heures 30 pour une étape de 75 milles qui nous mènera dans la journée du 10 à LOS TESTIGOS un groupe de petites îles vénézuéliennes.

Au départ, pas de vent, la montagne nous protège, plus loin toujours pas de vent, nous naviguons au moteur, nous n'aimons pas, trop de bruit, mais il faut bien avancer. Dans la nuit pendant que je dors, j'entends Elisabeth qui coupe le moteur, le vent n'est pas très fort (11 nœuds) mais nous avançons à une vitesse appréciable car nous sommes aidés par un puissant courant qui nous pousse.

Nous avons eu une navigation agréable, temps doux, peu de houle, la lune nous éclaire. Arrivée à LOS TESTIGOS à 8heures30 en même temps que 4 autres voiliers qui viennent d'une direction différente, parmi eux nos amis suisses " Planter's " et " BALAHOULE " qui viennent de Grenade directement.

Les Testigos sont différentes comme îles, il y a une similitude avec certaines îles grecques, de la garrigue et du sable, il doit moins pleuvoir ici que sur le continent Sud Américain.

Les habitants sont également pêcheurs, pauvres, leur seule richesse c'est leur barque avec un gros moteur hors bord, pour lesquels ils sont certainement fortement endettés.

Ils ont l'air heureux comme cela, ils sont souriants, font signe de la main lorsqu'ils passent à proximité.

Cette petite île vénézuélienne est sauvage, un peu hors du temps, on a vu tuer une tortue à coup de hache, les viscères jetées sur le ponton. Lorsqu'ils n'ont pas besoin de la tortue entière, ils lui coupent une patte et la remettent à l'eau dans un vivier, les gens sont rudes comme la vie qu'ils mènent. Ils nous ont demandés des médicaments et du lait pour un bébé.

La passe entre les deux Testigos est riche en poissons, avec l'annexe, à la traîne, il ne faut que quelques minutes pour pêcher un repas de bonites.

Nous restons trois jours ici, puis nous partons pour l'île de MARGARITA, 45 miles à faire, cette fois de jour. Cette île est un peu plus grande, nous espérons trouver un bureau de poste pour expédier des nouvelles, vous pourrez sans doute trouver MAGARITA sur un atlas.

Depuis TRINIDAD nous avons à bord, deux lettres et 5 batteries de 100 ampères à remettre à 3 bateaux de nationalités différentes que nous devrions trouver à notre arrivée à Puerto la Cruz.

14/07, nous quittons Los Testigos à 8 heures45, vent d'Est 11 Noeuds réguliers durant toute notre navigation, courant de 2,5 Nœuds, portant à l'ouest, comme partout le long des côtes vénézuéliennes. Nous avons mis 8 heures15 pour rejoindre PORTLAMAR (île de MARGARITA).


C'est ici que nous avons fait notre entrée sur le territoire vénézuélien, lorsque nous ferons la sortie, bien informés par des amis sur le "Zarpé " nous ferons inscrire sur ce document "Destination Puerto la Cruz, avec points intermédiaires ", ce qui nous permettra de flâner sans être obligés de faire des formalités à chaque stop, car au Venezuela théoriquement on est obligé de payer chaque fois que l'on change d'état, et il y en a 7...

MARGARITA est une île très touristique, soit disant hors taxes !
Il y a de nombreux buildings qui abritent des banques bien sûr, mais aussi des commerces de toutes sortes, c'est ici qu'il faut faire des approvisionnements maximums car la diversité est plus grande que sur le continent et les prix identiques, même plutôt moins chers.

Nous avons fait des provisions de rhum en Martinique et Guadeloupe parce que ce sont les meilleurs, mais ici il faut approvisionner en vins chiliens, "Santa Catalina" en blanc, "Gato Negro " et "Concha y Tauro " des cabernets sauvignon pour le rouge, et puis cela donne l'occasion de goûter.

Nous avons essayé les nombreux restaurants, avec nos amis suisses, "Batlahoule " " Planters " et " Willson " les Suisses sont de fins gourmets...

En face de notre mouillage nous avons trouvé un "sailmaker " qui a changé la bande anti-UV de notre génois.

Et nous avons reçu la visite de la police locale accompagnée par un inspecteur de police de Scotland Yard, tous deux étaient à la recherche d'un Maramu qui avait été volé aux Antilles, nous avons donc dû décliner les numéros de fabricant de notre Maramu, mais il n'y a pas eu de contrôle à bord, des gens "fair play " à qui nos têtes ont du inspirer confiance.

Le 21/7 nous quittons Porlamar pour mouiller au N.O. de l'île de Coche après 5 heures de vent d'est 11 Nœuds et courant 2 Nœuds.
Le 22, 2 heures de navigation et nous mouillons au N.E. de l'île de CUBAGUA.
Le 23, 4heures30 de navigation Pour aller mouiller à OLD FORT sur la péninsule de ARAYA, un banc de corail s'étend loin au large de la pointe ouest de Cubagua, il faut déborder de plusieurs milles avant de virer sur la péninsule de Araya.



LE VENEZUELA



Le 24 juillet 92, après 5 heures de navigation nous mouillons dans la baie de MOCHIMA, sur le continent sud-américain.

Nous avons fait le tour de la baie, bien fermée et profonde de 6 miles environ, cela ressemble à un fjord écrasé de soleil, il n'y a personne ici, pas de voiliers, tous restent aux abords de l'entrée de la baie.

Il y a un petit restaurant au village, sur les plages désertes à l'orée de la végétation, des oiseaux de toutes sortes, des perroquets bavards, on a fait de belles balades d'observation, et l'on a trouvé des murex très beaux, ils avaient fait l'objet d'un repas auquel nous n'avons pas participé, mais comme il ne faut pas gaspiller, nous avons ramené les coquillages, peut être est ce le début d'une collection ?

26/7 Anse TIGRILLO, également très beau, avec des nids de serins dans les arbres.

27, 3 heures de navigation et nous mouillons à PUERTO LA CRUZ, ce sera notre plaque tournante jusqu'au début du mois de novembre.

30 juillet nos amis Pierre et Josette Brérot sont arrivés de France et vont passer un mois avec nous.

Nous appareillons pour un petit tour, jusqu'à El Morro et retour au mouillage de C.M.O. à Puerto la Cruz afin de laisser Perceval en sécurité pendant que nous irons faire un tour dans les terres.

Le 4/8 nous partons en taxi jusqu'au terminal des bus pour aller à EL TIGRE, mais tous les bus sont soit pleins, soit déjà partis. C'est donc en taxis que nous ferons cette première étape, avec deux autres touristes qui faisaient la même recherche que nous et nos amis Josette et Pierre, mais le taxi est grand et à 6 le prix est sensiblement celui du car, avec l'avantage de faire la route plus vite.

A EL TIGRE nous prenons un bus jusqu'à CUIDAD BOLIVAR, c'est ici que Josette me fera découvrir le goût subtil des mangues fraîches dégustées au bord de l'ORENOQUE, jusqu'à ce jour j'en avais goûté en France et n'avais pas trouvé cela bon, j'avais même refusé de goûter les fameuses MANGUES JULIE en Martinique, tant pis pour moi, cela pourrait peu être justifier un autre tour.

CUIDAD BOLIVAR est une très belle ville qui aurait mérité que nous restions plusieurs jours, la promenade au jour tombant parmi les rues animées dans un décor hispanisant est magnifique.

Nous avons trouvé notre hôtel, sans prétention juste en face de l'aéroport, pratique pour un départ tôt le matin. Notre avion est tout petit comme tous ceux qui partent pour CANAIMA, nous sommes 8 touristes avec tous nos bagages gerbés à l'arrière. Le pilote nous a fait faire le tour des chutes d'eau avant de nous déposer à l'aéroport de CANAIMA, nous sommes au sud-est du Venezuela.

A notre arrivée à Canaïma, nous avons dû nous intéresser à la suite de notre voyage, nous avons "Booké " depuis Cuidad Bolivar jusqu'au SALTO ANGEL. Nous profitons du temps d'attente de notre pirogue pour admirer ce site de végétation luxuriante, de rivière, et de chute d'eau.

Notre pirogue compte 24 personnes, tous emmaillotés dans des gilets de sauvetage, les bagages suivent également, c'est parti pour une course de 100km environ, à une vitesse d'enfer, le hors bord à fond, contre un fort courant qui rend cette remontée de la rivière impressionnante.

Nos pilotes sont deux indiens du CARONI, très typés, ils connaissent parfaitement la manœuvre, celui qui est à l'avant repérant les obstacles, hauts fonds ou rochers dont quelque fois il nous détourne avec une longue perche ou nous avertissant de ne pas tenir le bord de la pirogue à la main pour éviter de se faire broyer les doigts contre un rocher.

En cours de route nous avons été stoppés par un haut fond et l'Indien de l'avant n'arrivait pas à nous dégager de cette situation, Pierre et moi-même sans demander d'avis avons sauté dans l'eau jusqu'à mi-cuisses pour lui prêter main forte, aucun des jeunes mâles du bord n'ont pu penser que l'on pourrait avoir besoin d'eux !

Plus loin, nous avons abordé une zone de rapides avec peu d'eau et nous avons tous débarqués pour une petite marche de 5 à 6 km pour alléger notre pirogue que nous avons retrouvée dans un autre méandre de la rivière.

Dans l'après-midi nous sommes arrivés à notre campement, un toit de tôles sous lequel chacun accroche son hamac, et sa moustiquaire. Les poulets grillent à la broche, couverts par une tôle car la pluie commence à tomber assez fort, panique à la clé pour certains dont les hamacs tombent pile sous une gouttière. Nous avons appris à coucher dans un hamac pour dormir une nuit complète, confortablement installés en travers, il nous a cependant manqué une couverture ou un duvet.

Au petit matin le SALTO ANGEL est magnifique, il s'est gonflé d'eau pendant la nuit, à mi-hauteur il s'est formé comme un nuage au-dessus duquel on voit le départ de la chute 1037 mètres dont 800 en chute libre.

Après le petit déjeuner nous partons en expédition au pied du Salto. Traversée du CARONI en se tenant les mains pour retenir celui qui pourrait tomber, le courant est fort, les plus petits ont de l'eau jusqu'à la taille, une eau couleur ambre rouge foncé dans laquelle nous avons fait notre toilette.

Deux ou trois kilomètres à pieds à travers la forêt vierge et nous sommes dans l'environnement de la chute, dans le nuage d'eau, attention aux appareils photo.

Nous dominons toute la vallée du Caroni et nous pouvons voir les zones d'eau calme et les rapides, quant à la chute découverte par un aviateur en 1936 elle est magnifique, et est maintenant exploitée touristiquement, nous étions sans doute une centaine à grelotter dans nos hamacs cette nuit.

Retour au campement puis nous rembarquons dans les pirogues pour revenir sur Canaïma, le Caroni s'est gonflé, nous avançons à une vitesse record dans un courant violent, ce qui nous a permis d'admirer la dextérité de nos piroguiers indiens.

De retour à Puerto la Cruz nous procédons à l'avitaillement de Perceval et partons pour les îles CARACAS DEL ESTE puis LA TORTUGA et les ROQUES des îles presque désertes avec juste quelques pêcheurs, un festival de bleus, de verts, de coraux, de poissons. La langouste de 1 kg Se troque contre un litre de vin de table français acheté 10 FF en Martinique (je n'ai pas osé le goûter) ou 2 paquets de cigarettes à 4,50 FF chacun. Le poisson est au même tarif de troque à moins qu'on ne le pêche soit même. La conche ou le lambi n'a pas de valeur commerciale, tu plonge sous le bateau et en 10 minutes tu remonte un repas pour 4 personnes.

Les navigations dans le bon sens, entre deux ondes tropicales sont très agréables et rapides. Si vous avez entendu parler de la tempête tropicale Andrew, elle ne nous a pas inquiétés ni concernés, elle est passée très au nord et est allée souffler les chandelles aux Bahamas et en Floride.

Puis nous sommes retournés sur le continent sud américain. Dernière soirée avec nos amis Pierre et Josette à CARENERO, nous sommes allés en annexe dans la mangrove au début du coucher du soleil, nous avons assisté à un festival de cris d'oiseaux et un feu d'artifice de couleurs. Des centaines, des milliers d'oiseaux de toutes sortes, des pélicans, des ibis rouges superbes, des perroquets verts caquetants, des hérons cendrés, des aigrettes blanches, des vautours, des tisserins, des cormorans, des fous et tous ceux que nous n'avons pas reconnu, tout ce monde fait bon ménage, vole en tous sens, crie et piaille, quelle chance nous avons eu lorsqu'un navigateur nous a indiqué ce coin.

Nos amis se sont envolés pour la France, bientôt nous les suivrons pour visiter nos familles, préalablement nous rentrons à Puerto le Cruz, retirer le courrier qui nous attend à C.M.O., et trouver des billets d'avion. Ce sera MARISOL notre agent maritime pour le Venezuela qui nous indiquera la solution la moins chère avec Air Portugal, les services de Marisol sont excellents, elle a même payé nos billets d'avion avec son argent personnel pour nous faire gagner du temps.

Après notre voyage en France, nous avons retrouvé Perceval à la Marina des Français, un petit mouillage de 10 places dans l'estuaire de la rivière où est installé C.M.O. tout s'est bien passé pendant notre absence.

Puis nous avons organisé un petit voyage dans le delta de l'Orénoque , les propositions de Marisol étaient un peu trop chères pour notre bourse et j'avais eu la chance de rencontrer un vénézuélien prêt à nous servir de guide.

Pour 750ff. par personnes nous sommes partis à 10 navigateurs dans un minibus que nous avons loué pour 4 jours.

Puis nous avons effectué la descente de l'Orénoque en pirogue à moteur jusqu'au delta, ce qui nous a permis de découvrir des indiens primitifs, vivants de pêche, chasse, cueillette. Ils se déplacent en pirogue et ne marchent pour ainsi dire pas, leur habitat étant un plancher en rondins de bois pas même équarris, sur pilotis, avec un toit en palmes de cocotiers, pas de murs.

Il est difficile d'exprimer la distance qu'il y a entre leur mode de vie, les conditions d'hygiène (mortalité infantile élevée, espérance de vie 35 ans ) et nos sociétés. Sont-ils heureux, aspirent-ils au progrès ? Impossible de le déceler au vu de leur visage inexpressif et de leur incroyable indolence.

Les conditions géographiques sont telles que l'on ne voit pas comment il serait possible de développer cette région. Le premier réflexe est qu'il faudrait leur apporter les " bienfaits" de la civilisation. Après réflexion, ce n'est pas certain du tout.

Un voyage comme celui-là fait réfléchir sur la valeur du développement de nos sociétés qui vont courir jusqu'où et pour quelle qualité de vie ?
Bien que quelques moteurs hors bord et les cuvettes en plastique commencent à arriver jusqu'à eux, voir les Indiens glisser silencieusement sur leur pirogue au rythme de la vie donne à penser.

On peut en discuter à perte de vue et il ne faut pas en déduire un regret (trop grand !) du paradis perdu de notre part ou un regret de notre civilisation, mais la conscience que notre civilisation peut être destructrice aussi.

Il est certain qu'ils sont les laissés pour compte du Venezuela, pays en voie de développement où les gens sont paresseux, où l'on rencontre l'extrême pauvreté et à l'opposé, la richesse du pétrole pour quelques-uns qui tiennent de ce fait les rennes du pays. (Dans les villes on peut parler d'une toute petite classe moyenne ).

Nous avons quitté définitivement ce pays en faisant des stops fantastiques le long de notre route sur Carthagène, voici une liste qui va vous faire rêver : Borracha, Punta Del Gada, Cayo Herradura sur l'île de la Tortuga, Crasqui, Los Conquises et Carenero aux Roques, Aves de Barlovento et de Sotavento, Kralendjik à BONAIRE, puis Spanish Water à CURACAO où nous n'avons même pas goûté la liqueur !

La ville principale de WILLEMSTAD a un petit cachet avec ses maisons repeintes de couleurs vives, style mi-hollandais, mi-caraïbe et son marché flottant.

Spanish Waters est un abri calme et très sûr, où nous rencontrons de nombreux voiliers, et des bateaux scotchés ici qui pour aider la caisse de bord vous rendent service dans de nombreux domaines, électriques, réfrigération, réparation de voiles ect.

Il y a paraît-il, ici, des paradis de la plongée sous-marine, mais nous ne sommes pas équipés de bouteilles, dommage ! .
J'ai d'ailleurs souvent regretté de ne pas avoir cet équipement de plongée en profondeur qui nous aurait enlevé le souci de mouillages qui tiennent trop bien, et qui nous aurait permis de voir des fonds magnifiques, tous les sites ne sont pas à 2 ou 3 mètres de profondeur comme aux Roques.

Notre navigation entre Curaçao et Carthagène a été super, 550 miles nautiques en 76 heures avec un bon vent portant et une houle puissante, dommage nous avons dû réduire l'allure car notre ami "SNOOPY" a eu un pépin, un empannage intempestif a surpris Dinou, le passage de la bôme l'a fait basculer sur le plat bord où elle s'est ouvert le front et a perdu connaissance pour quelques instants.

Moment de panique de Guy qui nous appelle sur la V.H.F., nous décidons d'attendre Snoopy, merci monsieur G.P.S. qui nous permet de connaître exactement nos positions. Petite manœuvre pour transmettre à nos amis du stéristrip dont ils sont démunis.

Belle manœuvre d'Élisabeth dans cette mer assez grosse, elle est à la barre pendant que je suis dans le balcon avant pour envoyer dans le cockpit de Snoopy un tube lesté d'un plomb de pêche dans lequel j'ai mis les petites bandes adhésives si utiles aux navigateurs pour rapprocher les lèvres d'une plaie.

Au fait Guy, tu ne m'as pas rendu le plomb...



LA COLOMBIE



Maintenant la COLOMBIE... La pensée d'être arrivé à CARTAGENE, à la voile depuis la France est un peu grisante, je n'en reviens pas encore.

C'est devant le Club Manga que nous avons mouillé, bonne sécurité si l'ancre a bien accroché. Le bar du club est sympathique avec de nombreux navigateurs, les formalités s'effectuent au club.

CARTAGENE est un lieu chargé d'histoire, on ne peut ignorer les conquérants espagnols et en même temps nous sommes bien en Amérique-latine.

Nous avons eu le coup de foudre pour la vieille ville évoquant Cadix, ceinte de magnifiques remparts, bigarrée, grouillante, bruyante, propre, avec d'innombrables petites rues étroites aux maisons avec balcons de bois remplis de fleurs et verdures débouchant sur des places ombragées et tranquilles, des églises.

C'est aussi les voitures plus toutes jeunes, les taxis jaunes, les bus brinquebalants, sans vitres, décorés de couleurs vives, le tout formant un carrousel qui ne permet au piéton de traverser qu'au péril de sa vie, ici on ne freine pas, on accélère. C'est un des aspects de la violence dans ce pays. Mais aussi les gens sont serviables, il y a ceux qui ont du travail et ceux qui se débrouillent, mais tous sont souriants, semblent heureux de vivre.

Savez vous que la Colombie est l'un des quatre principaux pays dont le sous-sol est riche en émeraude. A tous les pas nous sommes invités à entrer dans les nombreuses boutiques vendant cette précieuse pierre, et bien sûr nous sommes devenus des experts ! L'histoire ne dira pas si nous avons succombé...

C'est aussi le royaume de la drogue, mais nous n'avons pas la tête à " ça" sans doute. Les magnats de la drogue ont tous leurs villas à Carthagène, c'est pourquoi la ville est si tranquille, il n'y a pas de règlements de compte ici.

Un détail important pour apprécier son séjour en Colombie, il faut savoir que l'heure, le temps ne comte pas, 1heures 2heures ou 2 jours ou une semaine, c'est la même chose. Donc ne pas s'impatienter.

Nous sommes ici depuis 3 jours et nos papiers d'entrée ne sont toujours pas en règle, et il nous faut nos passeports visés pour retirer de l'argent à la banque ! Magnana…demain, plus tard.

Les 3 derniers jours à Carthagène passent vite, approvisionnement en eau, gasoil, des gros pamplemousses de 1kg pièce à 2,50ff, parchita, papayes, citrons verts, beurre, café et sucre pour échanger contre des molas aux indiens Kuna.

Dommage que nous ne puissions pas faire un tour à l'intérieur de la Colombie, c'est trop risqué à cause des guérilleros, déjà bien que nous ayons pu, grâce aux informations du S.S.C.A. venir à Carthagène, c'est superbe et absolument sans danger si l'on croise au large des côtes (80 miles env.) jusqu'à virer de 90° lorsqu'on est en face de la baie.

Une sacrée tranche d'histoire entre 1500 et 1830.

La baie de Carthagène est profonde, pour notre bon sur les SAN BLAS, nous avons décidé de sortir de la baie et d'aller mouiller à l'abris de Isla Grande ( ROSARIO), à quelques milles d'ici.



PANAMA



Le 24/12/92 nous avons mouillé l'ancre à Man Of War Cays sous le vent de PUYADAS ISLAND, puis le lendemain nous sommes allés à CORAZON DE JESUS, n'est-il pas extraordinaire d'arriver le jour de Noël sur cette île des SAN BLAS ?

Sur le livre de bord, Élisabeth a noté " pour Noël nous avons en compagnie de Dinou et Guy "Snoopy" mangé des magrets de canards de Labeyrie, très bon, mais mouillage un peu trop houleux à mon goût".

Les SAN BLAS, l'archipel des MULATAS, exceptionnel, auquel nous avons consacré quelques jours, les îles dépendent de l'état du Panama, mais sont essentiellement peuplées par les Indiens KUNA, lesquels font tout pour conserver leur culture. Ainsi, nous pouvons débarquer sur leurs îles, mais à la tombée de la nuit nous devons être rentrés à notre bord, un Américain qui voulait installer un hôtel a été trucidé avant d'avoir pu mettre son projet à exécution.

L'accueil a été fort sympathique, beaucoup de pirogues sont venues nous voir avec des enfants à bord et des jeunes filles en habits traditionnels.

A terre, le chef du village nous a guidé à travers son île, dans les allées étroites où les femmes sur le pas de leur porte confectionnent les fameux mollas, ces plastrons de corsages qui sont la curiosité de leur costume, nous en avons acheté quelques-uns pour 5 à 10 dollars la pièce.

Les femmes sont petites, les plus grandes atteignent à peine 1,60 m., peau bien bronzée, cheveux raides et noirs.
Élisabeth qui a immédiatement remarqué la qualité de leur coupe de cheveux, a demandé au chef du village si elle pouvait se faire couper les cheveux, réponse affirmative.

C'est comme cela que nous avons eu le plaisir de voir arriver à bord de Perceval une indienne Kuna avec son anneau d'or dans le nez et sa paire de ciseaux, travail parfait, et mon étonnement de voir cette femme travailler avec dextérité et avec les même gestes qui les coiffeurs de chez nous.

Au cours de notre ballade nous avons traversé le pont qui relie RIO DIABLO à CORAZON DE JESUS, il y avait là une vieille dame qui traversait en sens inverse, je la regardais toute ridée, voûtée, avec l'anneau d'or dans le nez, lorsqu'elle est arrivée vers Élisabeth elle l'a embrassée en lui disant " Féliz davidad " il y a des moments vraiment émouvants.

Les îles sont petites et entièrement occupées par les huttes, il n'y a pas place pour la végétation. Les terres du continent tout proche leur servent de jardin, et les rivières d'approvisionnement en eau presque potable.

C'est d'ailleurs en pirogue avec les Kuna que nous sommes allés faire le plein d'eau dans la rivière du continent, le royaume des moustiques qui n'entendaient pas se laisser envahir.

Au village de Corazon, deux jeunes filles portaient avec peine un lourd fardeau, je les ai aidées ce qui m'a permis de rentrer dans la hutte pour déposer la chose, sol de terre battue, pas de meuble, juste un coffre et des nattes dans un coin, au centre un feu entre des pierres.

Puis nous avons quitté RIO DIABLO et CORAZON DE JESUS pour visiter d'autres îles, il y en a tout un chapelet, toutes proches les unes des autres, à 2 ou 5 miles du continent.

RIO AZUCAR également curieuse, mouillage à GREEN ISLAND près de MORON CHANNEL, et HOLLANDES CAYS où tous les navigateurs s'arrêtent oubliant les villages du bord de la côte, tant pis pour eux, tant mieux pour les curieux car le pays reste ainsi plus authentique, RIO CIEDRAS, CARTI VILLAGE, CHICHIME.

Contrairement à la réglementation, nous n'avons pas fait notre entrée pour notre visite des SAN BLAS, pour cela nous aurions dû aller très à l'ouest et revenir contre le vent, alors nous avons tenté notre chance, et nous n'avons pas eu de problème, c'est sans doute pour cette raison qu'il y a peu de voiliers qui s'arrêtent dans les villages.

Pendant notre navigation entre Chichime et Porto Bello, nous avons eu du vent et de la houle, cela a permis à Élisabeth une fois de plus de montrer ses compétences de manœuvrière, nous avons rencontré une pirogue vide, ici on nomme cela un cayuco.

J'ai installé l'échelle de bain sur le côté tribord de Perceval et suis descendu récupérer le cayuco pendant une parfaite manœuvre dite de "L'homme à la mer". Il est beau notre cayuco, taillé dans un tronc d'arbre d'une seule pièce, peint en marron, son nom " Cimarron" écrit en blanc, arrivés à Porto Bello , nous l'avons porté à la police.
Il fera sûrement la joie des enfants du policier, son propriétaire n'en entendra certainement jamais parler...

Porto Bello est une ancienne ville fortifiée espagnole. Il reste quelques vestiges assez bien conservés, mais nous sommes au Panama et la restauration est nulle, comparée à celle de Carthagène.

Quant à la ville actuelle ce n'est qu'un rassemblement de quelques maisons pauvres, deux chinois pour les approvisionnements en épicerie, légumes et le bric à brac habituel des chinois.

Prochaine étape, la dernière en atlantique, nous sommes au bout de la mer des Caraïbes, du vent 25 à 30 nœuds, de la houle en conséquence, notre arrivée aux bouées d'entrée de Colon (entrée du canal de Panama côté Atlantique) est très rapide, à peine le temps de reconnaître le site, mais nous avons quand même trouvé le mouillage réservé aux voiliers dans l'avant port.



COLON ET BALBOA



La ville de Colon n'a aucun intérêt, hors l'escale technique, et l'obligation des formalités de passage du canal. Il y a ici une importante zone de commerce de gros hors taxes, mais il est difficile d'y acheter à l'unité des appareils qui pourraient nous intéresser.

Étape technique, vidange d'huile, changement du filtre huile et gasoil, contrôle du niveau d'huile de l'inverseur. Nous avons fait 1100 heures de moteur depuis notre départ de St Raphaël. Nous avons fait le plein d'eau douce, de gasoil et d'essence pour le moteur hors bord.

Le 18 / 1 nous quittons Colon après que Perceval ait reçu son certificat de jauge et que nous ayons payé notre passage, 220 $ US dont les autorités nous renverrons quelques mois plus tard 30 $US, curieux qu'ils ne puissent pas déterminer le prix exact immédiatement.

Nous avons passé le canal en 2 jours avec escale à GAMBOA dans le lac GATUM, en eau douce à 45 mètres d'altitude, Perceval a beaucoup apprécié, surtout l'eau douce qui lui a rincé les intestins.

A bord il y a notre pilote Gallo, Dinou et Guy de Snoopy et Yvan, en effet pour la traversée du canal il y a obligation d'avoir à bord, 4 équipiers en plus du pilote et du capitaine, pour cela il y a deux solutions, soit se débrouiller entre amis comme nous, soit de prendre des panaméens qui proposent leurs services moyennant 40$US.

L'organisation est parfaite, il s'agit d'une gestion Américano-Panaméenne. Les pilotes sont très compétents malgré quelques inquiétudes.

Nous sommes passés à couple d'un tug derrière un cargo énorme, 30 mètres de large, il ne restait qu'un pied de marge de part et d'autre pour toucher les parois de l'écluse une fois à niveau.

Cette grosse bête pour échapper à l'effet de succion des parois est obligée de mettre les machines au maximum, Perceval était à 25 mètres derrière, notre amarre de 22 m/m de diamètre s'est allongée, allongée, prête à craquer, plus que 10m/m de diamètre, coup de sueur, l'écluse suivante nous avons mis 3 amarres de 22m/m.

Fin de parcours sans grande surprise, à la dernière écluse (il y en à 3*2=6) toute notre attention était concentrée sur les remous et courants provoqués par la différence de salinité des eaux douces du lac et salée du Pacifique.

Le 19 au soir nous passons sous le pont "Des Deux Amériques" puis nous prenons un corps mort à "Balboa Yacht Club" Nous sommes dans le Pacifique.

Colon et Panama City, deux coupes gorges, dû à la pauvreté des panaméens, maisons lépreuses jamais entretenues. Nous transportons notre argent dans une ceinture en toile cachée parmi les bijoux de famille, au risque de se les faire couper ! . Tous les déplacements se font en taxis par sécurité et sur conseils insistants des services de police.

Dans certains quartiers les chauffeurs de taxis nous demandent de fermer les glaces malgré la chaleur par mesure de sécurité, car nous risquons des agressions aux stops des feux de circulation.

Bilbao est beaucoup plus calme, c'est la zone résidentielle, petites maisons individuelles proprettes, pelouses fraîchement tondues, quel contraste ! C'est aussi la zone encore sous contrôle américain, pour entrer et sortir de cette zone les véhicules doivent montrer patte blanche.


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