Beaucoup de bateaux dans cette marina, les voiliers qui ont fait la traversée avec l'ARC ont contribué à faire le plein.
Tous les jours nous voyons arriver les amis que nous avons précédés. Puis nous assistons aux festivités où sont remis des prix aux meilleurs, Perceval n'aura qu'une médaille commémorative, je suis un peu déçu, vraiment les Anglais n'ont pas beaucoup d'humour, ils auraient pu nous décerner le prix du 1er Français puisque nous étions le seul participant français.
Nous avons acheté une bouteille de rhum 80°, elle restera à bord pendant tout notre tour du monde, ne servant que comme antiseptique lorsque nous n'avons plus d'alcool à 90°.
Puis il a fallut songer à partir car si Paul nous a quitté dès le lendemain de notre arrivée pour prendre son avion de retour sur la France, nos amis Marc et Edmond voudraient faire un petit tour au sud avant de rejoindre la Martinique.
Nous mettons le cap au sud, Saint-Vincent puis Béquoa. Surprise ici, Port Elisabeth n'est pas une grande ville avec des tours immenses comme je l'avais imaginé, non, c'est un petit village, sympa, joli, mais tout petit, peut être 1000 habitants, des maisons à rez-de-chaussée, deux rues parallèles à la plage, quelques restaurants, bureau de poste et autorités portuaires réduites à la plus simple expression.
Lors de nos formalités de départ, le douanier nous a demandé notre destination afin de savoir s'il n'y avait pas du courrier que nous pourrions acheminer.
LES ANTILLES
Notre route reprend la direction du Nord, entre St Lucie et la Martinique le vent est fort, amplifié par l'effet venturi dans le chenal, on a eu de la peine à rejoindre la Martinique, il y avait également un fort courant.
Puis nous avons laissé nos 2 copains prendre leur avion pour la France.
Notre projet est de remonter la chaîne des petites Antilles, le plus nord possible, jusqu'où irons-nous ?
Nous sommes mouillés dans la baie de l'anse MITAN, il y a beaucoup de voiliers, dont un nombre important est scotché ici, certains ont trouvé du travail sur l'île, d'autres se sont probablement fait peur pendant la traversée et sont incapables de continuer, d'autres ont perdu le sens de leur voyage, le sens de leur vie, cela fait peine. Curieux que ce coin s'appelle "La caye aux couillons ".
Nous avons fait la connaissance de Maurice qui est radio amateur et qui trafique sur une fréquence pirate 13,970 khz deux fois par jours avec les voiliers qui font la traversée de l'atlantique, c'est une petite attache avec les terriens, et si nous avons un problème nous pouvons nous adresser à lui, il est toujours prêt à rendre service, Odile, sur son voilier à l'anse Mitan, lui prête main forte. C'est eux qui nous ont avertis d'un message urgent pour Snoopy lorsque nous étions en Colombie.
La radio HF nous permet sur ondes courtes des liaisons à grande distance, pendant la traversée j'ai pu contacter sur 14 Mhz, F6EUV qui habite Marseille, il a pu appeler Annick au téléphone pour transmettre un petit coucou à nos familles.
Nous avons fait quelques liaisons radio avec Maurice en Martinique lorsque nous étions en pleine mer aux environ de la Polynésie française.
Après le départ de nos équipiers, nous avons loué une voiture pendant 2 jours et fait le tour de l'île. C'est court mais suffisant pour se rendre compte que le Nord est très vert, proche de la forêt vierge par endroit et que le sud a de belles plages.
Ressource principale la culture de bananes et ananas pour la conserve. Nous avons fait une cure de Ti-bananes et d'ananas, un par jour à 6 FF Le kilo contre 12 à 15 FF Le kilo de tomates.
Puis départ pour la Dominique avec un bon vent. Première soirée à Anchorage Hôtel où il faut passer par un " boat boy " pour fixer nos amarres à un cocotier de la rive, et surtout payer un bakchich à ce petit gars qui n'a sans doute que cela pour vivre.
De Anchorage Hôtel nous sommes allés à la capitale ROZEAU, cette ville ne manque pas de charme avec ses quelques rues tracées au cordeau et ses maisons en bois à un étage soutenues par des colonnades en fonte et ornées de bandeaux de bois ajourés qui m'ont évoqué l'atmosphère des westerns.
Notre mini bus à été bloqué dans un embouteillage provoqué par un enterrement précédé par monsieur le Curé en grand ornement et ses enfants de chœurs le tout suivi par une foule pittoresque, bigarrée et endimanchée.
Bibis perchés sur le sommet du crâne de ces dames gantées portant collants et talons hauts pour certaines, le tout dans une atmosphère de gaieté et par une température de 28 à 30° centigrades.
Courte étape à Petite Terre, où nous rencontrons " Petit Cheval ", nous les avions connus dans un port proche de Istanbul, nous avons dégusté une bonne langouste sur la plage avec eux.
Puis me parents venant nous rejoindre en Guadeloupe, je voulais pouvoir à coup sûr les voir dés leur arrivée, ils auraient été inquiets de notre absence qui pouvait durer 3 ou 4 jours.
Nous avons dû partir en prenant un peu de risque, la houle du Nord commençait à barrer l'entrée de la passe, les guides de navigation sont explicites à ce sujet, il ne faut pas sortir de Petite Terre par houle de Nord.
J'ai jugé que nous pouvions sortir sans difficultés si je comptais les vagues et que je franchisse la passe dans une vague moins forte, et nous sommes partis, avais-je bien calculé ? Sans doute non.
Ce mouillage a failli être le dernier de Perceval, la passe fait environ 30 mètres de large, au centre il y a 3 m. de profondeur d'eau laquelle diminue très vite sur les bords.
Donc je barre plein centre, la vague n'est pas la bonne, mais nous ne pouvons pas faire demi-tour ce serait l'échouage sur la plage, je force le passage au moteur, la vague énorme nous couche, le plat bord dans l'eau, la vague suivante encore plus grosse tape la coque de Perceval et monte à bord, explose sur le pare brise du cockpit et le fait voler en éclats dont un morceau m'entaille légèrement le front, je tiens toujours la barre presque couché au sol, Elisabeth qui est au droit de la descente prend une bonne douche d'eau de mer.
Elisabeth ne me voyant pas m'appelle, je suis tout proche d'elle, toujours couché sur le sol mais barrant, nous sommes passés avec quelques chocs de la quille, beaucoup d'eau à l'intérieur, et une trouille qui nous laisse tout tremblants... Le hard top est également enfoncé, pourtant dehors il y a peu de vent, uniquement cette houle de Nord.
Nous rallions à 4 nœuds au moteur Pointe à Pitre et le chantier Amel qui fera la réparation du pare brise et du hard top, quant à la quille elle n'a rien, notre Maramu est vraiment costaud. Une bonne leçon qui nous servira durant notre voyage.
Pendant le séjour de mes parents nous avons loué une voiture et avons parcouru la Guadeloupe du nord au sud.
La Guadeloupe est une île en forme d'ailes de papillon qui sont très différentes. La première est très boisée, au relief accidenté avec le volcan toujours en activité de la Soufrière peu de cultures, surtout des bananeraies. La seconde aile où se trouve Pointe à Pitre est plate avec un sol plus pauvre et de belles plages, c'est surtout là que se trouve le tourisme.
Certains coins n'ont plus grand chose à voir avec les origines antillaises, mis à part les palmiers royaux droits comme des " I
", magnifiques , les cocotiers et cette eau si bleue.
Cette semaine beaucoup de resto, c'est trop, les spécialités créoles sont bonnes mais ce n'est pas de la grande cuisine : le boudin au piment, le crabe farci, les acras de morue ( beignets), le flan coco, les poissons.
L'île est moins riche que sa voisine martiniquaise, il y reste des quartiers entiers de maisons de bois ou de tôle ondulée ( quelle chaleur l'été) qui voisinent ici même, à Pointe-à-Pitre, avec des immeubles ou des maisons en dur.
Je crois qu'il y a une grande disparité entre riches et pauvres. Mais il semble que personne n'ait faim. Même chose dans les îles très pauvres ex.-anglaises, la base des repas est toujours facilement assurée : fruits, ignames et la pêche.
Ils ont de la chance d'avoir soleil et pluie. On comprend que Christophe Colomb ait été emballé, et nous donc !
On y voit encore des traces du passage du cyclone Hugo en 1989 qui avait rasé littéralement l'île.
Puis nous avons remonté l'arc antillais, notre point le plus nord à été LES VIERGES, le mouillage de ANEGADA dont Elisabeth garde un très bon souvenir, pour moi c'est le seul endroit où tu te sers toi-même au bar de la plage et tu mets le montant de la consommation dans un tronc prévu à cet effet.
Il y a de nombreux mouillages aux Vierges, c'est un vrai paradis de la voile. Les BATHS sur VIRGIN GORDA, FRENCHMAN CAY, DEADMAN BAY sur PERTER ISLAND, ROAD TOWN sur TORTOLA où il ne faut pas manquer d'aller boire une bière au " Pusser's " où règne un folklore vielle marine du temps où les Amiraux anglais et Français adoraient se taper sur la gueule.
Aux Vierges nous avons fait connaissance avec nos premiers bancs de coraux, navigation un peu stressante au début, puis on s'habitue. A l'approche de Anegada le reef sans déferler s'étend sur près de 15 milles au large, en 8 jours nous avons entendu parler de quatre tutoiements de coraux !
En redescendant au sud, PHILIPSBURG sur SIN MAARTENS, cette île gérée pour moitié par la Hollande et moitié par la France. A part le très bon orchestre de " steel-band " cette étape est juste bonne à acheter en hors taxes des appareils photos et des caméscopes.
Plus au sud St BARTH. Nous n'y avons pas trouvé les beaux coins.
ANTIGUA j'ai beaucoup apprécié NELSON DOCKYARD pour son folklore British navy.
Puis une navigation sympa en passant par St KITTS, NEVIS, MONSERRAT, nous avions le vent favorable bien que le près ai été très serré pour rejoindre l'Anse Deshais en Guadeloupe.
C'est au large de St KITTS que j'ai pêché un petit " King fish " (Thazard) qui a valu une ciguaterra à Elisabeth, eh oui ! Il faut se méfier et ne plus pêcher au Nord de la Guadeloupe, je le savais pourtant.
Les Saintes à nouveau, le Pain de Sucre, le Grand Bourg, Pompierre remarquable mouillage par beau temps, l'Anse Fidélin, l'îlet Cabri, tout est superbe, un rêve.
En mai nos amis Yves et Anne-Marie sont venus passer une huitaine de jours avec nous, nous en avons profité pour retourner faire un tour à ANTIGUA, nous y sommes montés vent portant, et après 48 heures nous prévoyons de retourner aux Saintes en partant de nuit dans l'espoir d'avoir un peu moins de vent car il sera de face.
Je mets les feux de route, l'interrupteur ne fonctionne pas, je démonte celui du chauffage dont nous n'avons pas besoin pour remplacer le défectueux. Après 2 heures de travail, je n'arrive toujours pas à visser l'interrupteur nouveau, un simple écrou récalcitrant que je n'arrive pas à présenter perpendiculairement au boulon, j'ai les doigts trop gros, je m'énerve, et enfin décide, " Il fera jour demain, allons nous coucher ".
Le lendemain matin en deux minutes l'inter est installé, pendant la nuit le vent a tourne de 180°, nous partons vent portant, c'est le pied ! Je reconnais là l'intervention de ma bonne étoile, laquelle m'a empêché de visser l'inter, elle pensait "si je ne fais rien, ce con est foutu de partir et de passer toute une nuit avec le vent plein pif, alors que demain le vent aura tourné ".
Petit tour aux Saintes, retour à Pointe-à-Pitre, et nos amis se sont envolés pour la France.
Nous avons encore passé un autre week-end aux Saintes avec des amis résidant en Guadeloupe, Philippe et Dany Robert et leurs enfants Elsa, Alex et Cécile, un super sympa dernier W.E. c'était du 8 au 10 mai 1992.
Nous avons quitté la marina du Bas du Fort à Pointe à Pitre le 18 mai, direction le sud.
LETTRE DES TOBAGO CAYS
Je, ELISABETH, prends la plume ou plutôt le clavier pour vous dire que GUY est devant son écran et a bien du mal à mettre en forme son texte. Savoir écrire avec un ordinateur nous donne du fil à retordre.
Je, GUY, reprends le clavier, évidemment je n'ai pas appris à taper à la machine à écrire, cela m'aurait aidé un peu, mais j'ai tout le temps nécessaire pour cet apprentissage.
Nous avons mis à profit notre stop à la "Caye aux Couillons " pour compléter nos achats en produits français, le 05/06 en attendant la navette qui doit nous traverser sur Fort de France, j'avise un couple qui patiente également, Elisabeth me dit les avoir vus sur un voilier proche de Perceval, et comme je suis curieux et bavard, je les interpelle.
Ce sont des navigateurs comme nous, sympas, nous parlons de nos projets qui concordent et décidons de faire quelques étapes ensembles. C'est comme cela que nous ferons la suite de notre tour du monde en compagnie de GUY et DINOU qui naviguent sur SNOOPY.
Nous sommes partis de Martinique le 11 juin, pour Santa Lucia où nous avons mouillé à Marigot Bay, un ex paradis des navigateurs amoureux de la nature, ex parce que maintenant nous sommes nombreux à venir admirer ce site.
C'est un lagon bien fermé qui est considéré comme " trou à cyclones ", un très joli abri. A l'entrée il y a un haut fond de sable dans la passe, nous avons donc caréné le dessous de la quille, une fois entré, on se croirait sur un lac, les oiseaux viennent manger à bord et si on leur tend une banane, c'est la fête.
Le 12/06 nous étions à Port Elizabeth sur l'île de BEQUIA le point le plus sud où nous étions passés en décembre.
A partir d'ici ce sera à nouveau la découverte.
Le 14/06 mouillage sur MUSTIQUE pour la nuit, le lendemain nous passons devant CANNOUAN puis allons mouiller sur l'île suivante MAYREAU, où nous sommes restés deux nuits.
Depuis trois jours nous sommes aux TOBAGO CAYS, une poussière d'îles aux noms bien français et pittoresques, " Petit Bateau, Petit Rameau, Petit Tabac " et le récif de corail s'appelle " La Fin du Monde ".
ELISABETH reprend la parole pour vous signaler qu'il a fallu beaucoup de temps à Guy pour écrire ses quelques lignes et j'y vois un avantage, c'est que pendant ce temps, IL NE FUME PAS ! Et si je peux mettre maintenant mon grain de sel, c'est parce qu'il a eu besoin de faire une pose tabac.
"GUY " je vous fais remarquer que lorsque Elisabeth prend le clavier c'est pour quatre lignes maximum, le temps d'une cigarette soit un quart d'heure.
Les TOBAGO CAYS, ne cherchez pas sur un atlas, c'est trop petit, c'est exceptionnellement beau, tout le site est entouré d'une barrière de corail qui forme un arc de cercle dans lequel nous sommes mouillés par 3 mètres de fond, face au vent du large. C'est un des lieux mythiques des marins.
Occupation principale, aller nager avec masque, tuba et palmes dans les coraux, on est alors dans un jardin sous- marin parmi les poissons qui viennent voir dans vos mains si vous n'avez pas apporté quelque chose à manger, ou simplement vous mordiller les doigts. Fantastique ! .
Autre occupation, faire la cuisine. Hier soir j'ai fait du pain avec la recette d'Elisabeth, il est très réussi. Et puis il y a la radio, j'ai essayé de faire passer un message à nos familles par un radio amateur afin de rassurer tout le monde ; en effet d'ici il n'y a pas de possibilité de téléphoner ni d'envoyer du courrier.
" ELISABETH ", Guy vous a parlé de cuisine, parlons-en. J'ai préparé des "gombos ", légumes verts qui se préparent comme des haricots, de goût assez fin et que l'on avait trouvés en Turquie mais non expérimentés. En entrée ce jour là nous avions du boudin créole et en dessert, un délicieux ananas frais de Martinique.
J'ai essayé de préparer du gingembre frais en légume comme j'en avais mangé en Thaïlande, mais ce ne doit pas être la même chose, car celui-ci était très poivré, trop.
Côté boisson, je laisse macérer des épices dans du rhum, mais Guy est impatient de tester. Son pain d'hier est délicieux.
Pour aujourd'hui, nous aurons ce soir deux petites langoustes (car ce n'est pas la saison) commandées aux noirs d'ici. Comme vous le voyez nous ne faisons rien pour maigrir !
Après plusieurs jours d'interruption, je "GUY " reprend notre lettre, l'ordinateur était bloqué par une fausse manœuvre, comme vous le voyez, tout est rentré dans l'ordre, il fonctionne à nouveau.
Nous sommes le 28 juin, la radio dit que François Miterrant est à Sarajevo, nous nous sommes à St Georges sur l'île de GRENADE, la radio n'en a pas parlé...
Après Tobago Cays, nous sommes allés à PETIT St VINCENT, puis PALMES ISLAND, UNION, CARIACOU cela a été l'occasion d'une sympathique régate de 35 miles nautiques avec nos amis Snoopy, pour voir la différence de comportement de nos deux bateaux. Au pré serré et par petit vent, Snoopy s'envole, Perceval ne le tient pas, au "pré bon plein " et avec un vent un peu soutenu, Perceval galope et devance son copain. Dans l'ensemble nos bateaux tiennent la même vitesse, sauf conditions favorables à l'un ou à l'autre.
Ici nous avons trouvé une carte postale de Papinou, ils sont aux Canaries, et une carte d'anniversaire de Maminou que j'ai particulièrement apprécié, j'ai très peu d'exemplaires de son écriture.
Ces courriers ont mis 15 jours pour nous arriver, ce n'est pas très long mais cette lettre va sans doute en mettre autant à vous parvenir, donc, je vais mettre les bouchées doubles pour poster demain matin, je pense trouver un bureau de poste, j'ai vu trois églises.
J'espère que vous avez su par Annick que nous étions dans des îles non desservies par des services postaux, j'ai pu envoyer un message par des amis radios amateurs. Nous aurons encore quelques navigations comme cela, ne vous inquiétez pas quand vous n'avez pas de nouvelles.
Dans certaines îles, quand nous arrivons, les douaniers nous demandent si nous n'avons pas de courrier pour l'île. La première fois cela surprend, nous n'avons pas compris tout de suite ce qu'ils demandaient, avec les douaniers nous avons l'habitude d'en dire le moins possible, et avec les problèmes de langue cela n'arrange rien. En fait ce sont les voiliers de passage qui livrent le courrier entre les différentes petites îles.
A Grenade, nous sommes sur une grande île, où l'on doit trouver presque tout, c'est très beau, de la verdure, les flamboyants sont en fleurs, et malgré les nombreux grains jours et nuits, il fait très chaud, nous vivons en maillot de bains et souhaitons les rafales de vent pour respirer un peu.
Hier nous sommes allés en ville, très coloré, très animé, le marché est très exotique, on n'a presque pas de place pour passer entre les fruits et les légumes, les épices, les vendeurs et les clients, tout se mélange, quand on a trouvé ce que l'on veut, il faut chercher qui est le vendeur, on ne sait pas toujours si l'on paye à la bonne personne, mais il n'y a pas de problème.
Il y a des banques, des supermarchés, des commerces de tout, des rabatteurs qui vous proposent des filles, des policiers en uniforme de bobbies britanniques qui se tiennent droits comme des "I " ; Peu de voitures, surtout des taxis collectifs.
Cette île, dans un passé assez lointain a été française, puis Anglaise et indépendante. En 1982 ou quelque chose comme ça, il y a eu une incursion des parachutistes américains pour empêcher un virage de politique au profit de Cuba, vous vous souvenez sans doute.
Nous allons continuer à découvrir cette île pendant quelques jours puis nous irons sur TRINIDAD ou LOS TESTIGOS, suivant le temps qui nous restera car nous avons pris rendez-vous à Puerto la Cruz (Venezuela ) pour caréner le 15 juillet.
Nous commençons à apprendre l'espagnol, petit dictionnaire, petit livre de grammaire, mais ça va très vite, Elisabeth en avait fait un peu en classe, elle sauvera la situation, moi, j'en suis à apprendre la prononciation des " R " et des " J " mais je pense que je ne suis pas très doué pour les langues, quand je vois toutes les fautes d'orthographe que je fais en français, après 60 années de pratique...
Nous sommes restés 4 jours à St Georges et nous avons fait une promenade en taxis pour avoir un aperçu de " l'île aux épices ", quelle végétation, un habitant a dit à Elisabeth "Ici nous n'avons pas besoin de travailler pour vivre, nous n'avons qu'à ramasser pour manger, tout pousse avec une grande rapidité sans même avoir à planter, le seul problème est de protéger ce que l'on veut récolter du reste de la végétation. "
Et je crois que c'est vrai.
Nous avons donc vu toutes les plantes rencontrées dans les Antilles, bananes, goyaves, arbres à pain, mangues, oranges, citrons etc. et aussi les fameuses épices, surtout la noix de muscade dont les coquilles servent à paver la rue près de la plantation, mais tout ceci semble avoir poussé sans la main de l'homme, les cultures ne sont pas organisées, tout est mélangé. Et ça pousse, ça pousse...
Les gens sont sympathiques, accueillants, ce qui n'est pas le cas dans de nombreuses îles antillaises.
Une remarque sur les Antilles et les Grenadines, je m'attendais à trouver des îles relativement sèches, un peu comme les îles méditerranéennes, erreur, c'est très vert, il pleut souvent et beaucoup, nous y sommes restés toute la saison dite sèche, cela veut dire qu'il pleut un peu moins, mais il pleut.
TRINIDAD
Nous avons quitté ce beau pays de Grenade le 1er juillet à 18 heures, départ un peu lent à cause des courants contraires qui voulaient sans doute nous retenir.
Puis le vent s'est mis à souffler, 15 nœuds puis 20, puis 25, c'était bien assez, Perceval a mené un train d'enfer toute la nuit, il a fallu rester près de la barre pour intervenir en cas de nécessité. On s'est vraiment fait plaisir, on n'a pas vu passer la nuit, et au petit matin le vent est tombé, nous avons terminé au moteur.
Sans nous en apercevoir nous avions quitté l'arc antillais pour nous retrouver sur les côtes d'Amérique du sud.
Nous sommes dans le golf de PARIA, à TRINIDAD, l'eau n'est plus bleue mais verte comme certaines grandes rivières, le pays est très vert également. Dans le mouillage où nous sommes ce n'est pas très joli, il y a beaucoup d'activités, des cales sèches pour le carénage des grands navires, une cimenterie, une unité de montage de plates-formes pétrolières et en arrière plan une plate-forme en activité.
Demain après une bonne nuit de sommeil, nous mettrons pieds à terre, pour faire notre entrée auprès des autorités de douane et de police, et pour visiter la ville de PORT OF SPAIN un nom très exotique... je vous raconterais plus tard, après la visite, en attendant bonne nuit. Je ne vais pas me faire bercer, il y a 24 heures que nous sommes debout.
Samedi dernier nous sommes à la radio de bord VHF pour converser avec quelques amis, lorsque nous recevons un appel très puissant, celui-là ne doit pas être loin de nous, en effet, ce sont d'autres amis qui sont dans une baie toute proche, décision prise, nous cherchons un taxi collectif et allons les voir.
Nous rencontrons donc ici deux bateaux amis, décidons de louer un grand véhicule en spécifiant bien par téléphone, 6 adultes et 2 enfants, pas de problème. Le loueur arrive avec le grand véhicule, en fait, il s'agit d'une voiture à 5 places, c'est à prendre ou à laisser, nous sommes samedi, tout est fermé, nous prenons et nous nous serrerons.
Régine et Philippe ont entendu parler de la période de ponte des tortues, Elisabeth a vu sur une carte touristique très succincte le dessin d'une tortue. Nous allons à la chasse aux renseignements.
Nous partons, il est 17 heures, dans le petit sac à dos, un tee shirt en cas de fraîcheur, une bouteille d'eau, deux boites de pâté, pour le reste nous verrons en route.
La chasse aux renseignements à été correcte, maintenant nous partons à la chasse aux tortues. La plage repérée par Elisabeth serait la bonne, les tortues viennent pour pondre la nuit dans le sable.
Notre carte routière est plus que succincte, arrêt pour demander notre route, réponse " ne prenez pas cette route de nuit, il y a des bandits, c'est trop dangereux "
Changement de route bien sûr, par un itinéraire plus sûr, et arrêt pour compléter nous réserves de nourriture.
Nous comprenons que ce sera long, la route est parsemée de nids de poule, nous n'avançons pas vite, d'autant que la conduite est à gauche et que les Trinidians ne s'occupent pas du côté de conduite ni des lignes blanches, seuls les intéressent les nids d'autruches à éviter.
20heures30, il fait nuit, mais nous ne sommes pas loin de la plage recherchée, Elisabeth et Philippe vont jusqu'à une maison isolée demander des renseignements, nous attendons dans la voiture... un peu anxieux, ils sont partis depuis quelques minutes, je fais marche arrière jusqu'à la maison, tout se passe bien, ils discutent calmement.
Elisabeth revient enchanté, elle semble connaître toute la famille, ce sont des gens sympathiques accueillants comme tous ceux que nous avons rencontrés dans l'île.
Et en plus ils ont expliqué que nous avons dépassé la plage, retour en arrière, c'est la troisième fois que nous passons par-là ! Voici le panneau que nous ont indiqué les gens de la petite maison, ce panneau précise "Plage de RINCON interdite aux visiteurs non munis d'un permis spécial délivré par le ministère de l'environnement. " Ce panneau est de bonne augure, nous descendons en force de la voiture bien garée sur le bas côté de la route.
Arrivés de derrière les fourrés d'une délégation de noirs qui nous demandent nos permis... Ce que les Français savent bien prendre l'air idiot quand les choses tournent mal.
Discussions, non palabres, les gardes (volontaires) seront nos guides conseilleurs pour que nous ne commettions pas d'erreur vis-à-vis des tortues (s'il y en a ), avec rémunération (sous-entendu), tout est arrangé.
Par une piste boueuse, glissante, renforcée par endroit de quelques palmes pour ne pas trop enfoncer, nous traversons une centaine de mètres de forêt vierge pour nous retrouver sur la plage avec armes et bagages.
Nous sommes tous français, première occupation, casser une croûte, pain, pâté, jambon, fromage, bananes... un festin sous la lune, avec le bruit du ressac qui est très puissant ici, observation des étoiles, Elisabeth est devenue très forte à ce jeu de retrouver les constellations, nous voyons très bien "le scorpion ", probablement à peine visible depuis la France.
Il est 22 heures, nos recherches sur la plage n'ont rien donné, il ne faut pas utiliser de lampes électriques pour ne pas effrayer les tortues lorsqu'elles abordent à la recherche d'un emplacement pour faire leur nid.
Seuls nos guides utilisent une lumière de temps en temps pour les repérer, et pour communiquer entre eux. J'ai l'impression d'être à la chasse au " Dahu " cela me rappelle certains camps scouts...
Minuit, un grain arrive, on range tout, retour précipité à la voiture, 7 entassés, tous dégoulinants de pluie, avec de la boue entre les doigts de pieds, (vous aviez oublié la petite piste à travers la forêt ?), nous avons perdu Philippe, il est allé loin sur la plage !
Le grain passé, retour sur la plage, massage de boue entre les doigts de pieds, c'est sublime. Philippe est là, il a vu deux tortues, il est tout excité. Nous le suivons ainsi que nos guides.
La marche sur le sable nettoie les pieds, c'est assez loin, deux kilomètres, peut être plus, notre guide nous montre la première tortue, elle est là, à 10 mètres à peu près.
Surprise, elle doit faire 2 mètres de long et 1 de large, nous n'en avons jamais vu d'aussi grosses, elle est toute noire ou plutôt bleu noir, la carapace n'a pas d'écailles comme nous nous y attendions, elle est comme tuilée avec des arrêtes longitudinales blanches, les nageoires avant ont 70 cm. de long, le guide nous dit qu'elle pèse entre 300 et 400 kg et que celle que nous voyons doit avoir environ 35 ans.
Il s'agit de la race des tortues LUTH.
Cette tortue retourne à l'eau après avoir tenté de trouver une place pour faire son nid, le guide nous dit qu'elle reviendra chercher ailleurs, ici le sable est trop dur.
Elle retourne lentement à l'eau, nous continuons à avancer sur la plage, signe du guide, "Arrêtez-vous, patientez un moment, vous allez pouvoir tout voir et photographier ".
Après une attente de quelques minutes au cours des quelles il nous explique que la saison dure de mars en août, que durant la saison les tortues pondent de 7 à 10 fois une centaine d'œufs, que sur cette plage il y a de 3 à 4000 pontes chaque saison, il nous invite à nous rapprocher.
Nous sommes devant un événement qui va marquer un point fort de notre voyage.
Nous ne nous attendions pas à pouvoir assister de si près à ce spectacle de la ponte.
Nous sommes tous à entourer cette énorme bête, elle est à 30 mètres du bord de l'eau, face tournée vers la mer, avec ses nageoires postérieures elle creuse un trou, 50 cm de diamètre en haut, 20 cm au fond, profondeur 70 cm, elle utilise ses nageoires à tour de rôle, la droite, la gauche, la droite, la gauche en recourbant bien l'extrémité pour prendre le plus de sable possible.
De temps en temps, un peu de sable retombe dans le trou, notre guide avec la main recourbée remonte se sable qui risque à nouveau de retomber, c'est vrai que l'on a envie de l'aider, mais elle progresse assez vite, elle fait une pose, elle est très fatiguée, on en profite pour la toucher, l'articulation de sa nageoire est une surprise c'est très doux, je sens sa chaleur, la carapace est dure bien sûr mais douce au toucher et cette bête imposante se laisse faire comme si nous n'existions pas.
Elle commence à pondre, nous sommes derrière elle pour ne pas l'apeurer, notre guide soulève une nageoire pour nous montrer les œufs qui tombent dans le trou, nous ne les avons pas comptés, mais une centaine c'est bien possible. Elle a des contractions comme pour un accouchement, c'est assez émouvant, nous la voyons complètement épuisée, elle se repose un instant, ses yeux pleurent, c'est paraît-il dû à la cristallisation du sel ?, Les œufs sont un peu plus petits qu'une balle de tennis, avec une enveloppe blanche et souple.
Avec ses nageoires arrières, elle commence à reboucher son nid, tout en tassant le sable dans un mouvement rythmique, lorsque nous croyons que c'est fini, elle fait de grands mouvements de balayage avec les nageoires avant pour bien répartir le sable sur le nid sans le tasser cette fois.
Lorsqu'elle commence à descendre à la mer, le nid est parfaitement invisible, les œufs sont à 70 cm de profondeur, elle a remué beaucoup de sable.
Le retour à la mer de cet animal est pénible, elle se traîne sur le sable en s'aidant des quatre nageoires, elle est épuisée, elle avance par déplacements de quelques centimètres, c'est là que nous aurions pu et voulu l'aider, nos guides nous ont dits de n'en rien faire.
La durée de la ponte est de 1 heure 30, environ, nous avons vu 8 tortues de haute mer venues ce soir sur notre bout de plage, il y en a eu d'autres sans doute, nos guides nous ont dits en voir 25 ou plus chaque soir, ces garçons ont l'air de bien connaître ces animaux et leur comportement, sans eux nous n'aurions pas osé tant nous approcher pour ne pas contrarier la ponte, ils connaissent exactement le moment où nous ne dérangeons pas et où l'on doit se positionner.
Le 6 juillet, nous profitons de la voiture pour aller voir une autre curiosité de Trinidad. Il s'agit d'un lac d'asphalte, il y en a 5 au monde, et celui là serait le plus grand, son diamètre est de 500 mètres environ, peut être un peu plus, c'est une croûte d'asphalte sur laquelle nous avons marché, par endroit c'est semi-liquide, pâteux, rien de spectaculaire sinon la curiosité, nous ne regrettons pas la visite.
PORT of SPAIN la capitale de l'île de TRINIDAD est une ville bien urbanisée, il y a longtemps que nous n'avions pas vu de grands immeubles, des tours, des grands hôtels, nombreuses banques, bureaux de compagnies d'aviation, mais aussi des petites maisons avec des pignons et des frises de toit en bois sculpté et ouvragé.
C'est une ville qui nous a paru sympathique, avec des habitants d'ethnies diverses, des noirs, des bronzés, beaucoup d'origine Hindoue.